Mon carnet sans couverture
sous les regards
le ventre ouvert
et moi aussi.
J’ai peur qu’on puisse lire ce que j’écris
Chacun de mes mots
Soudainement fluorescents
Qui se développent et végètent
Sous un éclairage infrarouge.
Je suis si confortable
au fin fond de mes yeux
Recroquevillée dans une sorte de caverne
Emmitouflée dans ma discrétion.
Mais j’aimerais que les gens ne s’évitent plus
Qu’ils se confrontent
enfoncent leurs regards
Mais pourtant face à quelqu’un
Je suis la première à briser le lien
et à montrer ma tempe
plutôt que mes yeux.
Combien de temps doit durer un regard ?
Il le pourrait indéfiniment
Mais rien que trois secondes en face de quelqu’un
même de toi
c’est déjà trop.
C’est beaucoup trop de plonger si longtemps
dans tes prunelles pleines
Ça me donne le vertige
Je me tiens sur l’extrémité de tes cils
comme sur un précipice
Tes iris deviennent immenses
Elles m’engloutissent
me soulèvent comme une vague
C’est trop, alors je me dérobe.
J’aimerais tellement parvenir
à t’offrir davantage
que le coin de mon visage.