Où sont les poètes ?  
Basta
CMCO de Schiltigheim


Nous avons rendez-vous

le chirurgien et moi

le compagnon l’anesthésiste

l’avenir

nous sommes à l’heure.

Je perds connaissance

sagement.

 

Vous êtes sûre ?

 

Le chirurgien est très content

il m’a sorti du ventre en vingt minutes chrono

deux fois cinq centimètres de honte et de solitude

vingt ans de menace

et il les a rangées dans une petite poubelle.

Ayant ainsi rétabli l’équilibre de l’univers

(ou quelque chose du genre)

il fait quelques points de couture

comme mes grand-mères

et un petit entrechat.

 

Vous êtes sûre ?

 

En salle de réveil mes jambes répondent.

C’est donc que ça va

et ça pour aller ça va bien

c’est quelque chose comme le bonheur.

Avec une voix de Cassandre

je profère ce que je sais :

les merveilles de la médecine de 2025

et la puissante

béatitude

des couvertures chauffantes.

 

Vous êtes sûre ?

 

Ça y est

les mystères de mon ventre sont

rangés

dans une petite poubelle.

L’infirmière anesthésiste recouvre la poubelle

avec un mouchoir bleu

comme on fait d’une boule de cristal.

Je ne veux rien savoir.

L’avenir se trouve dans mon ventre sans mystère

il est écrit en très gros caractères.

 

Vous êtes sûre ?

Merde.

 

Qu’est-ce qu’on va mettre à la place du mystère ?

Rien !

mais alors rien du tout.

L’avenir limpide.

Je ne vais pas perdre mon temps à réexpliquer ça.

Tandis que je bois beaucoup d’eau

et que le compagnon toque à la porte

les éboueurs emportent dans un mouchoir bleu

tous les destins qui s’entrechoquent.

Je ne veux rien savoir

ça ne m’intéresse pas.

 

Je révèle au chirurgien mon nouvel amour des couvertures chauffantes.

Il me dit que le bonheur c’était

peut-être un peu oui la couverture chauffante

mais surtout la kétamine.

Je lui dis que je réessayerai la couverture

pour être sûre.

 

Dans le couloir de l’hôpital

une chèvre joue du violoncelle

des chants montent du plancher.

Le chirurgien marche à pas moyens

portant en procession la poubelle vide

et nous le suivons main dans la main

au rythme de mes petits pas

lents et contents.

J’ai posé sur nos têtes une couronne de fleurs.

 

Je compte là-d’sus et

je bois de l’eau

parfaitement.

Je suis solide maintenant

avec mon ventre victorieux

et sans tourment comme la mer.


Paule Anverse

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