la nuit mon coeur trouve son repos, me voilà calme, calme, mon corps entier respire à mesure que je retire, t-shirt, culotte, chaussettes, mon visage aux traits compliqués soudain s’apaise, je n’ai plus à le cacher, la nuit pixellisée m’aide, elle applique son coton, sa lotion, son parfum, contre l’urticaire de ma peau. Je m’allonge en ce lit froid, seule, je viens de fermer la porte, une cloison, une muraille, derrière, c’est l’immense cacophonie d’une fin de soirée qui me berce, la fumée me parvient mais à peine, je la respire, calme, calme. Je m’allonge nue dans ce lit plein de nuit, et en fermant les yeux, une décharge douloureuse
ce sont des grains de sable sous mes paupières
c’est peut-être l’enfance qui vient me hanter,
un marchand de sable inquisiteur
*
la nuit pince mes vertèbres,
une à une, elle prend son temps
je m’arc-boute
*
j’appuie sur mes yeux, me force à pleurer
faire sortir les grains qui brûlent
abreuver la nuit
*
mais c’est un rire qui sort de ma bouche,
comme un éclair dans un ciel noir, verdrâtre,
je ris de voir la lumière jaillir de sous mes yeux, de sous la porte
*
alors l’homme aimé entre dans le lit et me serre
et je ne sais plus différencier la nuit de l’homme,
l’homme de la nuit, mais je reste calme, calme
*
Et les contours du matin, derrière mes paupières toujours baissées, voilées, me font dire qu’il y a un grand ciel bleu, et l’odeur claire, si claire, du pain grillé, alors j’ouvre grands les yeux sur le ciel gris, et bouge tous mes muscles, voulant presque sortir de mon corps, vérifier à tout prix, que je suis en vie, encore, encore, encore un peu.