Mourir, cela n’est rien
Mourir, la belle affaire!
Mais vieillir…
Jacques Brel
Croissant de lune
en faucille
Je marche
seul
sur ce sentier tant aimé
pourtant interdit
Je marche
seul
d’un pas vif
comme s’il fallait
une dernière fois
se presser
Je marche
et mes vieilles chaussures s’imbibent de rosée
Face au demi-soleil
qui nait de la mer
soulève le ciel
je marche
Je ne serai bientôt plus seul
Avec le soleil
transpirent les ombres
l’une s’accroche à mes pas
À peine
de loin
un ronronnement de moteur fatigué
sur sa frêle embarcation
un pêcheur relève ses casiers
loin derrière le coco des faisans
L’un s’envole au-dessus des ronciers
Tandis que leur mère guette
oreilles dressées
deux levrauts
s’amusent dans le regain
d’un ancien champ de lin
me voit-elle
m’entend-elle
les trois se camouflent sous les pruneliers
Tous attendent le plomb du dimanche
Petit à petit
le soleil se fait pesant
malgré son voile
Je rentre
puisque vous m’attendez
avec chocolatines et pain frais
Un jour
lesté de mon cœur lourd
et des éboulis semés dans les failles de mes souvenirs
là
sur ma falaise
j’oublierai le beau
je prendrai le large
Ce sera jour de septembre
où jouissent les chasseurs
il fera tempête
vous ferez fête
je ne rentrerai pas
Longues-sur-Mer, 10 septembre 2023
HB © Autobiopoèmes, Les couleurs de l’Hadès
Texte publié par Le Dix Vins Blog : https://ledixvinsblog.wordpress.com/2024/09/21/dimanche-henri-baron/