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Mravey HEAR |
| à lenteur d’escargot
8 Juin 2025 Ce monde veut nous faire oublier, à lenteur d’escargot Pour entendre |
Æzul |
| Maison Commune
Il y a de grands ensembles froids Contre la mort dehors -nos adelphes en sang Et dans l’étreinte du foyer naîtra toujours demain |
Æzul |
| bonne continuation
il a dit bonjour c’est moi oui c’est ça ouais pour le- exact il a mit sa grande malette noir dans le coffre vide il ne m’a pas laisser la prendre il l’a posé lui même. il a refermé le coffre vite et un peu fort il s’est installé à l’avant sur le siège passager puis il à regardé la vu devant derrière la fenêtre pendant les 15 premières minutes du trajet
puis il a coupé la parole à Rihanna pour dire que je me débrouillait pas trop mal que je conduisait plutôt bien que c’était sa première fois en tant que passager que normalement il conduit il conduit une voiture un peu comme la mienne, il a demandé le model de la mienne puis il a dit qu’il conduisait une voiture un peu mieux que la mienne puis il a ricané et il a dit que c’est juste que le moteur de la sienne est plus fiable et plus puissant car après 2012 AMG a fait de nettes progrès sur ses moteurs je ne sais plus lesquels exactement il a dit que sont moteur était monté à la main par un seul ingenieur il a parler de soupapes et des moteurs récents qui sont moins performent il a parler de la difference entre les diesel et l’essence il a dit que son moteur il est fait pour avaler les kilomètres et que il peut atteindre le million facile que là il est a 400 000 environ il m’a dit que c’était bizarre qu’une fille comme moi ai une voiture comme ça à mon age il m’a demandé ce que je faisais dans la vie il a demandé ce que mon père faisait dans la vie il a dit qu’il a commencer en achetant des garages à biarritz là où habitent ses parents et qu’il les mettait en location, qu’il a commencé avec un et que maintenant il a quelques appart’ là bas qui sont en loc aussi ouais il a dit que il a fait beaucoup de trajets entre paris et biarritz du coup que ses parents viennent de la bas mais qu’il a bougé à paris que a paris sa vie maintenant est là bas que ouais c’est top paris on s’ennuie pas que peut être plus tard il irai au bord de la mer mais peut être pas en France car la France c’est plus possible c’est de pire en pire vraiment il a dit que l’covoit’ ça fait passer le temps et c’est sympa quand on a une bonne voiture comme la sienne comme la mienne aussi hein et il a ricané il a dit une fois qu’il a eu un type en blablacar avec lui de paris à biarizz et que ce mec était vraiment sympa et cordiale, enfin qu’il ne parlait pas beaucoup mais que du peu qu’il ai parlé avec lui il était très cordiale oui cordiale c’est le mot il m’a dit et si je vous dit que ce mec très cordiale vraiment et bien c’était un mec en cavale en fait qui était de meche avec poutine pour tuer un opposant politique il a dit c’est dingue quand même cette histoire et que le mec était bien français oui il m’a dit qu’il aurait jamais penser que ça puisse lui arriver mais que le mec était cordiale et que tout s’est bien passé pour lui en tout cas il a ricané il a dit que le gars lui avait laissé un bon avis avec 4 étoiles et que c’est la semaine d’après, pile une semaine après le trajet qu’il a lu dans un article son nom il à parle de vladimir poutine, d’association de malfeteur, d’un mec qui avait 100 000 euros sur sa tête il a parlé d’un autre mec condamné pour escroquerie russe exilé il a parlé de préparation d’élimination d’opposant politique il a nommé le procureur anti terroriste des renseignements interieurs français je n’ai pas tout compris et après il a dit qu’il l’a écharpé belle il a ricané encore
voyage agréable en compagnie de Samuel, bonne continuation |
adelesolangeagnes |
| le sujet c’est les complots
ce que je sais c’est que mamie et papi ont un compte facebook ce que je sais c’est que ils détestent Mélanchon je ne sais pas si tout le monde déteste Mélanchon je sais qu’ils prennent l’avion peut être 10 fois par an ils savent que l’avion c’est un moyen de transport plus sur que la voiture qui est plus sur que la marche à pieds peut être je sais qu’une voiture peut tuer un piéton je sais que le lion mange le chat le chat mange la souris je sais que enfin plutôt je sais que des lions peuvent manger des chats et des chats peuvent manger des souris la souris fait peur aux humain l’humain empoisonne la souris et tue le lion au fusil à pompe mais il travaille 35h par semaines avec 5 semaines de congés payés par ans pour acheter des croquette a felix minou chaussette moon vanille chocolat kiki didier pepette princesse je ne sais pas qui a raison je sais que je me demande qui a raison je ne sais pas si le cerveau à son coeur que l’ignorance raisonne (ça y’est) je ne sais pas est la vérité je ne sais pas pourquoi l’eau chaude refroidis si vite je ne sais pas pour quoi je cherche tout le temps mes clés je ne sais pas ce que les gens penssent je ne sais pas combien de mètre mesure le tour de la terre je ne sais pas combien de litre de gazole il faudrait pour en faire le tour je ne sais pas combien de fois il faudrait faire le plein pour en faire le tour je ne sais pas quel est le prix du diesel sur la route pour en faire le tour je ne sais pas quel serai la vue devant derrière la vitre au bout de ce tour je sais que ce sera plûtot long je ne sais pas ce que le mot long veut dire je sais que les abeilles vivent 20 jours je sais qu’un humain peut vivre 100 ans je ne sais pas si quelqu’un à battu jeanne calman je ne sais pas si vivre longtemps c’est ganger je ne sais pas ce que gagner veut dire |
adelesolangeagnes |
| ma chère anna, (permanence poétique du 24 octobre 2025 à l’Orée85)
Permanence poétique l’orée 85 24 octobre 2025
J’aurais aimé te parler des choses parce qu’elles sont belles, je vais t’en parler parce qu’elle sont importantes,
je me souviens du 23 mai et de la pseudo libération, c’était une boîte pour une autre, c’était la fin de la quatrième année, et j’y songe avec un haut le coeur qui pourrait dire s’il parlait « c’était il y a 5 mois et je ne savais pas que les jours lorsqu’ils sont collés aux nuits, et jouent à la bouillie avec ma mémoire, pouvaient me rester comme les mouvements des pleurs. »
Des mois entiers ou le temps à joué à cache cache avec ma raison,
la grande horloge capitaliste et productive fut bâillonnée, et je ne me souviens plus bien du terrain vague dans lequel j’ai zoné. je sais que j’ai eu peur de rester confinée dans mon drame pour toujours et que le temps ait abandonné mes fenêtres. que ce sont tes mots auxquels je dois beaucoup
(pour ne pas avoir à dire que je leur dois mon retour ici)
Cet été on aurait dit que le monde essayait de pleurer au travers des gens que j’aime
Et Dans ce foutras de semaines j’eu le vertige Anna. aucun lieu ou me déposer, j’étais pareille à une chienne en chasse, seulement, dépossédée de sexe et de corps à faire mourir. Dans tout les interstices des gens des villes des trains et de l’été banni, je sentais la présence acre de rêves lorsqu’ils explosent.
Dans mon corps français, il y avait la chair de la Syrie. là ou l’injuste veut dire mourir et voir brutalement l’intérieur de son corps à l’extérieur de son corps J’ai perdu les mots et j’ai senti ma douleur prendre les armes.
Après des semaines en y, il y a le temps mort, la blanche colombe fait d désastre et j’ai la trouille d’aller au lit, donc je suis resté debout tendue comme proie.
J’ai mal aux mains et au père, ou sont passé les grillons et la crasse sous mes ongles? Quand je regarde mes mains quand je fais la vaisselle je n’y vois parfois les mains de personne? comment on sort de la et ça a quel gout la peine en semaine? Je devrais me demander : je fou quoi après mes études? Mais je pense que quand le choc te prends ça fait comme un viol de la mémoire, un piratage du réel, Des vies qui vallent 0 parce qu’elle sont arabe, ma famille qui devient un nombre de morts et de déplacés, Soad, Nadia, Ayman, Amir, Zain, Aya, Ranhi, deviennent un bilan de 1386 morts ou 128 000 déplacés.
Je me suis demandée, comment être solide ? De quoi suis-je faite si mon père perds tout, même le nom, les frères et la patrie?
Mais mon frère m’as écrit , ‘you know, in 2001 that was when i first talked to dad after some years from leaving, i heard i little baby crying in the back the phone call, that little cry was you, that’s when dad told me i have a beautiful sister! Since, that day your voice stayed in my head for that long and gave me hapiness and hope for a beautiful future to meet you’ car nous sommes toujours la. Donc le terrible nous on en fait des confettis.
Il a fallu se remettre en mouvement.
C’est dans cet épuisement, j’ai presque raté mon train pour les alpes. où caché entre les roches il existe un cours d’eau qui dévale le corps de la montagne pour s’embobiner dans la terre. La bas, dans la marche et le sommeil, j’ai pu tresser le réel à ces brins rares qui existent dans les ventres des femmes qui nous aiment. Cette femme à fait de ses mains un landau, nous avons logé l’insoutenable dans l’effort et les crêtes des écrins. Les sommets eurent ce pouvoir de délester nos joues, c’est la bouche grande ouvertes, toutes les dents offertes au massif que nous avons pu nous étreindre. J’ai pu dire.
L’immensité du dehors à comme fait de la place au dedans de moi. quelque chose comme un lieu duquel on voit au loin du paysage et de l’avenir. le lent rouli bouli du train retour à passé la brume de ma conscience au tamis. j’eu des mains pour démêler mes cheveux et ce qu’ils contiennent.
Paris a accueilli un haut le coeur, ce haut le coeur je le nettoie ici, comme on nettoie un objet maudit mais précieux. J’espère qu’a force de caresse j’assouplirais ces angles et polirais ses tranches.
Il y a de cela des mois, des époques entières je t’écrivais que dans tes mains, l’absurde qui tue des hommes et des femmes devient un bambin que tu consoles, Je le répète en ces lieux sacrés qui sont les nôtres, et les vôtre aussi.
dans tes mains, l’absurde qui tue devient un bambin que tu consoles,
Je tiens à te parler de la force des regards dans lequel j’ai retrouvé le sommeil, la taille des mains qui m’ont tenue et prêté leur joie. D’a quel point des rires peuvent être beaux lorsqu’ils se jettent. De comment le réel à reprit ses marques, de comment la tendresse peut te rendre au monde, même lorsqu’il semble avoir prit congé de tes lieux.
Merci pour l’avalanche de sens que ton amour sait dresser.
bientôt je te parlerais du bateau, et du riz aux amandes et aux abricots confis de mon père. bientôt je te parlerai du vent quand il me gonfle, et de cet immense trou dans mon ventre qui devrait être dans la terre, de ma théorie sur les morts que l’on porte dans ce trou abdominal si jamais on ne leur offre une sépulture, peut être si j’ai le temps, de pourquoi je pense que ces sépultures sont en réalité les nôtres. je te dirais aussi mon envie de me fondre dans les bras de quelqu’un parce qu’il a le gout du beau et que j’ai le droit de m’y taire. et surtout que désormais, lorsque de l’eau coule dans mes paumes, j’y vois un lac. j’aimerais si tu le veux bien, te rendre l’odeur de la mer. |
Lena Lepetit El Aramouni |
| Les amitiés ne permettent pas toujours de se retrouver
Cet été je suis partie longtemps loin de chez moi pour essayer de retrouver un rapport au temps lent et qui compte. J’ai pensé à toi comme à une amie qu’on reverra c’est sûr, sans savoir si on se retrouverait, vraiment. Toi et tes grands chemins, tes envies d’ailleurs, de nulle part parfois, parce qu’on t’interdit par le sang la langue et les chutes de toucher aux frontières qui sonnent juste à ton corps. J’ai pensé à toi dans mon galop aux baisers, aux hauteurs, chaque fois que je glissais dans ma tente placée au mauvais endroit. J’ai pensé à toi et je me suis demandé comment je te raconterai ce très long été qui m’a accouché comme autre, et à qui j’ai arraché ce que je pouvais comme jamais je n’avais osé.
Je me souviens par bribes, par doigts qui montent au visage en masque de pleurs, par rires volés au vent et au jour, par tirages de cartes comme prétextes pour se dire ce qu’on pense, des quelques moments où je t’ai vue. Jamais longtemps, car c’était un été de drames, de pertes, qui n’invitait à aucune parole et où ma présence lointaine ne savait plus répondre que par de sincères et absurdes ”je suis là” face à l’horreur et toi dedans.
Cet été j’ai vécu avec des œillères imposées par la distance des expériences qui ont tenu, sensibles et dans leurs paumes, mon cœur comme un oiseau malade, et ont rendu parfois obscène le décalage de vécu entre nous.
Au terme de ces gros mois, et autour d’un café avec toi, à jouer à faire semblant que rien n’avait changé malgré les morts le silence et le temps, on s’est dit ”alors, raconte”, et il n’y avait pas de bout par lequel le prendre : bras ballants et yeux grands ouverts, le tout à rattraper m’a fait peur. Pourtant parfois nos regards, j’en suis sûre, se sont rejoints, d’un horizon tranché par la proue d’un bateau à un front de mer, d’une nuit à une autre et nos deux têtes relevées, de tes crêtes aux miennes et nos pas au nord nos parents.
Tu sais j’ai l’impression étrange d’avoir fait tomber les feuilles des arbres en clignant des yeux, de me sentir consciente de ce moment, là, mais que mes mains ne saisissent plus rien du reste, que le temps a passé sans que je l’y autorise, et toi avec. Je me sens loin comme je te sens loin et je ne sais pas ce qui est le plus vrai d’entre les deux.
Alors promis je vais essayer d’avaler le vide.
Si je devais tout te raconter je commencerais par dire qu’il m’a fallu arriver dans le Cantal, ma main prise dans une autre, pour qu’enfin je ne comprenne, par le poids du geste et des regards épais, l’espace entre mon temps et son écoulement à l’extérieur.
Comment parler de l’ouverture du cœur par le ciel toujours immense, par la roche humide qui se confond à la peau, par les phrases simples mais qui résonnent ?
Là-bas les gestes ont toujours du sens, que je coupe du pain ou qu’on me laisse toucher à la terre et m’essayer à m’y creuser une place; il s’agit d’apprendre à avoir les bons degrés de résistance et d’abandon une main qui tient, une qui pousse, le pied tendu sur la pédale du tour garder tous les doigts au même niveau, se servir de la tranche de la paume pour agir sur la hauteur, presser d’un doigt sur l’autre pour ouvrir la terre, comprendre qu’on guide surtout.
J’ai eu le souffle coupé de cette nouvelle intimité, et chaque dépôt de terre dans le bac d’eau me la faisait monter aux yeux.
De là-bas je me rappelle des chiens agressifs, des chiens de traîneau, de leurs hurlements, de leur course que j’imaginais sur les sentiers que nous empruntions, celle qui m’ouvrait sa maison et moi.
Sur le plancher de bois du jardin, on a attendu le brame du cerf, qui n’est jamais arrivé, comme s’il n’était déjà plus nécessaire d’annoncer quoi que ce soit. Le visage offert à la nuit, j’ai senti Théoline faire un vœu au passage d’une étoile filante que je n’ai pas vue, elle me tenait la main chaude sa main et moi, je la regardais avant le ciel.
Sans savoir pourquoi, je me suis mise à lui parler de fourmilière, je l’ai prise sous la couette et je lui ai dit imagine toutes les galeries qu’on pourrait construire à deux doigts ou plus et de tout notre souffle faire gonfler nos espoirs et tes yeux immenses qui toujours me sourient comme une promesse.
On a marché sur les crêtes, dans la pluie, dans la hargne du vent à nous chasser et le paysage comme un murmure. J’ai crié à chaque saut d’hirondelle, à chaque fourmi volante coincée dans nos narines, à chaque suspension de vautour dans le ciel gris et les flancs si verts d’un endroit où nous n’irions pas.
Elle, en silence, me tendait ses mouvements comme une caresse. Son grand corps devant parfois dans mon dos je pouvais toujours deviner la trajectoire de ses coudes et de ses pieds dans les anfractuosités qu’on partageait jusque dans mon corps fondu dans ses prises quand enfin stoppées nos souffles s’écartaient l’un de l’autre, et nos balancements innocents nous éloignaient du vide.
Et sa main elle me tenait la main chaude sa main.
Je me souviens du regard lourd et doux des bêtes des Salers du lac fuyant à la digue qui perd son eau et des oiseaux en passages, en rotation au-dessus de ce qu’il en reste.
Dans ce foyer qu’elle m’offre du fond de la gorge encore tremblante je cherche la bonne allure, encore les bons gestes.
Je me suis demandé comment retrouver un rapport au temps si prenant qu’il dilaterait mes pupilles, seul. Prise dans une réflexion qui anesthésiait mes sens, dans une course sans but qui n’était pas non plus une fuite, j’ai couru pieds nus sur l’herbe aux aiguilles de pin. Dans les flaques d’eau froide, sous les trombes de pluie et avec le tonnerre en fond sonore. Tout autour que les montagnes et le bruit du torrent. Traversée par la pluie vide et tout le corps sourd à mes battements propres. J’ai couru sans reprendre mon souffle. J’ai presque compris la tempête.
À l’arrière du rideau de pluie, les Pyrénées comme des ombres, comme des souvenirs, remontaient avec le froid le long de mes orteils, me figeaient autant qu’elles me rendaient vrombissante une illusion d’immobilité donc une surface d’eau calme avant ou après un torrent toujours et les deux liés et ensemble.
J’ai depuis, je crois, le regard fixe et qui sait, le regard qui parle en silences, le regard qui voit loin parce qu’il a pris le temps d’observer même au milieu des doigts des genoux des orteils en terre, et la sueur autour en marchant, toute ma vascularisation à la surface, rouge et pleine donc.
Dans l’intercité pour Brive-La-Gaillarde une très vieille dame lisait La vie est facile ne t’inquiète pas et j’ai trouvé ça déchirant. Comment prendre conscience suffisamment tôt que la vie est facile ne t’inquiète pas, avant de devoir le lire dans un intercité, accablée déjà par son passage.
Tu traverses les mêmes questionnements, et toi et moi avons fini par partir quelques jours à la découverte des endroits sans maisons seulement la nôtre, celle qu’on décidait de se faire.
Là on avait la chance d’avoir la peau hérissée peut être pour toucher un peu plus à tout pour imiter la roche et les bouts de carcasse de crabes. On s’est bagarrées avec les vagues on a eu les cheveux qui tiraient les ombres jusque dans le fond des mains la plante des pieds pleine de mémoire aqueuse sur le sable en bosse, et l’eau au-dessus dans la bouche l’eau comme un film contre le vent plein les yeux grands ouverts on sentait nos cils lourds et le sel.
Tu as eu là un sourire grand et sans mystère, une langue offerte au jus de citron et aux ruines. On a su avouer notre faiblesse aux bois, et on s’est lavées les mains avec quelques gorgées d’eau, l’une après l’autre, dans un étrange rituel pour faire tomber le dôme de nos yeux. Sans plus rien voir je te savais là et moi avec, pleines de peaux sans fourrure et de bouches sans crocs et pourtant je me rappelle m’être dit la nuque chaude de penser dos au soleil, j’imite les enfants qu’on perd, et dans notre maison de toile je n’ai plus peur.
Petite je confondais départ et abandon, je me cachais dans des valises pour tromper la fuite, alors même qu’on m’attendait.
Je n’ai plus peur.
J’ai dans la gorge nos cheveux longs et qui poussent, comme une promesse de noeuds à démêler, comme une envie de dire je t’aime
et je suis là même loin et bouche fermée, sans preuve mais dans les yeux. |
Anna Pichot |
| Pliée dans ma poche
Coups de soleil Quelques paillettes On sait que c’est là Facile à dire, toi tu es loin Pliée dans ma poche. |
Euphoria |
| et puis ça a fait plouf
aujourd’hui j’ai dit à D. que ta mère avait répandu tes cendres dans les vagues l’année dernière sans moi sans toi sans nous mais entre les roches on était toutes les deux partout quand même 🌊 |
Heloise Ber |
| Paysage en bord de mer
Là d’où je vous parle il y a les bords du monde — l’air est salé et le sol est à la fois sec et trempé — le soleil se baigne tout nu comme un gamin s’éclate s’éclabousse se miroite Là d’où je vous parle il n’y pas de rues mais des allées de sable — une qui va vers le ponton et une autre qui va vers le bistro — allées de sable et plein de poils car le village d’où je vous parle a été pris par les Leurs truffes brillent et on dirait non pas des meutes mais — des étoiles à ras-du-sol on dirait — des raz-de-marée errants Et le soir les habitants réchauffent les restes de la veille sur des gamelles que la nuit retrouve propres d’une propreté parfaite — comme si elles avaient été léchées par la mer Et va savoir qui accueille qui — qui accorde la vie à qui — |
Elias |
| tas d’humains
combien d’humains peut-on ranger entre deux murs sales ? ai-je le droit de frotter mon dos on se fait le pied avec les omoplates on a mal aux fesses sur un bloc en béton combien de minutes de tendresse peut-on ranger combien d’humains de tendresse des |
Elias |
| s’enfoirer
attention au départ |
Elias |
| Corps étroits
Mon carnet sans couverture Je suis si confortable J’aimerais tellement parvenir |
Amethyste |
| L’or de la mer
Et si la goutte, faiblement accrochée à la rambarde en fer forgé de ton appartement, éteignait soudainement ma cigarette. Et si le soleil couchant venait brûler ma rétine, sévèrement, comme une réprimande, pour que je ne puisse plus jamais te voir. Et si mon corps, lourd de marques et d’espérance, tombait violemment du neuvième étage. Et si je laissais, sans rien prévenir, tout s’en aller, un jour, pour toujours. Je serais froid, frustré, inerte, perdu au loin de ma propre existence. Un jour de novembre, hiver froid, je retournerai sur la grande plage des Conches pour y rester. La maison s’écroule encore, les planches dans la mer, la balançoire et le grand lit dans la neige n’existeront plus jamais. Je ne reviendrai qu’au mois de juillet pour annoncer que les grandes oies, un matin chaud, viendront déposer, encore, un baluchon. Je serai en son centre, tu m’aideras à renaître. |
erivlE |
| Rattraper ce qui nous échappe (3)
Dans la ruelle on s’assied les un•es près des autres on entend le bruit des volets qui se ferment des sonnettes mal fixées des vélos qui vibrent sur les pavés je sens dans mon dos le dos d’autres et contre mon bras aussi les gens passent nous non on ressemble un peu aux pavés au sol serré•es et pas si ordonné•es que ça quoi qu’on puisse y trouver du sens.
Orion est face à nous.
Elie dit c’est peut-être la salle d’attente avant l’art rendez-vous parce que j’ai remarqué la pancarte au-dessus de nos têtes marrant comme nom de magasin et comme alignement d’évènements.
Certaines mains se tiennent certaines épaules aussi je pense à la distance, à l’espace, à comment mon corps est séparé du tien et à comment quand proches on ne sait soudain plus faire la différence Coquille gémit peut-être qu’elle aussi quelqu’un lui manque.
Les gens qui passent autour n’osent pas trop nous regarder ils passent, curieux mais sans le montrer comme s’ils risquaient quelque chose à rester trop longtemps à se perdre peut-être dans des corps autres et dans des évènements qui les emmèneraient ailleurs.
Orion se mouche avec un sourire en coin.
Je pense à l’automne et à toi qui coupe du bois dans le Cantal et à moi qui écrit ça ici, et au temps qui ne passe pas pareil en fonction du lieu j’aimerais que nos horloges soient synchronisées mais je sais que ça ne fait pas sens.
Nos doigts passent sous nos nez comme pour passer à autre chose.
Je me dis que c’est beau d’écrire ici ensemble de tisser quelque chose une toile une citadelle d’attraper le temps comme on avale un grain comme on s’assoit à plusieurs pour faire peser notre poids sur le champ gravitationnel et rattraper ce qui nous échappe.
Tu sais, en rentrant je suis tombée sur des bois de cerf dans une brocante du soir, pas loin après avoir filé par un passage dont je suis la seule à avoir retenu le nom (je l’ai peut-être imaginé) tu me diras si par une distorsion de la trame, de la mousse de spin, tu les trouveras dans ta forêt. |
Anna Pichot |
| Comme si le courant d’air était en nous déjà (2)
À l’entrée de l’église 3 anges, et au-dessus une fissure qui grimpe jusqu’au vitrail central je me demande si cet endroit est l’objet de nombreuses portes claquées. Le museau de Coquille me touche le mollet alors que les marches sous mes pieds sonnent plein l’église est plongée dans le noir ou alors le ciel dehors est très blanc les statues presque aussi lourdes que le silence qui règne ici sont illuminées seules.
Très blanche et entourée de fleurs fraîches la Vierge Marie est emballée dans un cocon de vie qui s’essouffle et qui passe je me souviens des plantes de pierre de part et d’autres de l’entrée et tout à coup je me sens je me sens comme une fleur fraîche à la vie qui s’échappe dans les lourds murs de pierre le silence encore est si pesant que j’entends mes articulations j’entends mon cœur j’entends le vent presser la masse de vide de l’église.
Coquille aboie dehors la résonance est étrange comme si tout nous parvenait de très loin ou que nous-mêmes n’étions plus vraiment là je dis nous parce qu’ici il n’y a que moi et mes compagnons d’écriture immobiles et en silence sauf nos mains on essaie de comprendre de se sentir ici et maintenant.
Les bougies peu nombreuses brûlent et nous un peu avec je crois à petit feu dans nos yeux la lumière faible et pourtant si visible dans toute cette obscurité est aspirée au dehors comme la flamme par un courant d’air et je sors en passant une dernière fois sous le lustre immense et je me dis que s’il me tombait dessus ce serait une cage dorée dans tous les sens du terme je m’arrête en dessous pour imaginer mes mains sur le métal et mon passage en-dehors.
Quelqu’un éternue, le son se répercute partout comme si le courant d’air était en nous déjà et une voix s’élève comme pour voir si elle passera au dehors : c’est une mélodie qui se marie au travail du bois et qui me passe au travers comme le rire des enfants. |
Anna Pichot |
| Ah je comprends c’est comme ça (1)
5 figures surplombent la zone immobiles et drapées je sens leur regard distrait de pierre contre mon front. L’opéra est face à la place et en contrebas se trouve un cheval figé au cou large comme pour aller plus loin et si on continue encore un ange main grande ouverte ouvre le mouvement de la fête foraine ici les labubu les stichs les licornes à hélium attirent le regard des petits qui doivent chuter en arrière jusqu’au toboggan gonflable pour y voir quelque chose l’opéra cet après midi semble vide et austère et la place pleine de couleur et de cris d’enfants qui s’amusent les deux coexistent sous un ciel gris, que les sauts sur le trampoline essaient de dépasser sûrement.
Les lumières partout et la vitesse des auto tamponneuses tentent de faire mirage d’été qui n’est plus là pour faire couler le chocolat jusqu’à la gorge les mentons maintenant brunissent de cannelle et les têtes couvertes s’offrent aux mains de parents qui poussent le manège ça tourne et en quelques pas avec la musique forte encore en fond sonore le silence des tentes blanches d’une exposition du dimanche avec figures en métal rouillé et paysages qui ne font pas tant chuter à l’intérieur, ici les cadres sonnent comme des cadres et on y a enfermé le tout autour.
Entre les tunnels de tente, une rivière de chaises de camping coule, et dessus des artistes qui attendent et observent sans rien dire les réactions des passant•es.
L’air a l’odeur humide de feuilles qui commencent à devenir terre d’arbres laids et nus aux extrémités bulbeuses, sanguines parfois quand même au détour d’une toile, une surprise, un ah je comprends c’est comme ça que le monde est perçu représenté compris et enlacé par l’autre et je souris un peu discrètement comme on garde un secret.
À la fin de la trachée de l’opéra je vois deux toiles grandes et au sol qui parlent du vide de grands paysages étendus et offerts à nos corps qui cette fois y tombent sans hésiter je croise le regard du peintre, yeux verts, même couleur que le ciel immense coincé entre deux montagnes qu’il a lâché sur ses toiles.
dans chacune de ces enclaves donc un monde à part entière, ça me fait penser aux miens et à comment si moi aussi je finissais dans une de ces alcôves je serai perçue et j’observerai les passant•es en me demandant s’ils pensent que mes cadres sont enfermants ou si au contraire par l’appel du vide on comprend de mes toiles à mes yeux le tout autour. |
Anna Pichot |
| Tout là haut
C’était l’été. Les rayons du soleil sont partis pour laisser jaillir des gouttes du ciel triste qui s’écrasaient sur nos peaux dorées par celui-ci. On rayonnait tout là haut , sur ces crêtes Cantaliennes , entre les nuages, entre les chemins tracés par les animaux et traversés par l’homme . On était seules , on entendait nos respirations et les rafales du vent. Le paysage s’offrait à nous, on était bercées par tous les éléments. La pluie s’est arrêtée, mon pantalon a séché grâce au soleil. Il nous restait encore quelques montées à gravir. On était comme deux petites fourmis, en train de transporter nos récoltes pour la fourmilière, avec nos sacs à dos. J’ai envie de retourner tout là-haut, pour revoir avec toi ces paysages . |
Sousmonchapeau |
| Tas de nou.e.s [Balade poétique 1-3]
C’est ok d’être toustes collé.es Ok j’ai osé 3 minutes Chauffent mes mollet perché.es sur le banc bloc béton tombé dans la petite allée Petite farce ou coïncidence poétique, comme si, entassé.es là sur notre radeau immobile, patients eternels devant des vitrines délaissées et taguées, d’une transparence opaque ne laissant voir qu’un reflet grisâtre du tas de corps médusés qui s’inscrit dans nos tas de mots qui s’entassent sur le pavé gris-pipi Attendant un certain Art-Rendez-vous qui n’adviendra jamais Dans la rue du rien, trait-d’union du tout autour. 19.10.25 |
Æzul |
| Parenthèse dans le temps (2)
À pas feutrés entre les bancs Le silence s’emplit en moi. Craquèlement du bois, Échos des mouvements, Tout est au ralenti.
Moi aussi.
Pause d’esprit, Je prends le temps. Éternuement. Réaliser que je suis petite, ici.
La ville semble lointaine. Au-délà des portes, Murmures d’une vie mondaine. |
deuxbouquets |
| Parenthèse dans le temps (1)
Une parenthèse dans le temps, La fête foraine sur la place réveille mon cœur d’enfant. Des familles attendent, Allez, c’est le dernier tour ! Toujours le même discours que les enregistrements scandent.
Appuyez sur la pédale et tournez le volant.
Au coin de la buvette, Une dame brosse son chat. Qu’elle est coquette, Avec ses jolis bas. Ils semblent heureux, tous les deux.
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deuxbouquets |
| Silence bip bip [balade poétique 1-2]
Devant l’église y’a des Comme une réminiscence de la foire qu’on entend encore Oser rentrer dans la pierre orange BON SENS on se sent mieux penser Alors je sais pas trop quoi faire de ça Sieste 19.10.25 |
Æzul |
| Scroll d’ambiances [balade poétique 1-1]
Marcher jusqu’au marché fouré sur Dissonnances gris-vert vers la Fête – terre grise en grisant, faites taire le Serpent de fer Scroll d’ambiances Goût d’avant-foire S’amuser c’est pas gratuit Mort , Moi, mon corps trouble, un fossé 1 Mamie 19.10.25 |
Æzul |
| Supplément chantilly
L’église rose L’humeur grise Le feu léger Le marché aux vices La poisse aux corps Les pains de pierres Nos dents cassées Dans des porte-monnaie Pas sûrs d’exister
Les couleurs qui nous hurlent D’être heureux A y regarder de plus près Les sourires collent à la musique Et si on l’arrêtait Resterait-il des sourires ? Des sourires plein de dents Oui Mais de bonheur ?
A y regarder de plus près je ne sais plus quand j’ai arrêté de croire au bonheur Maintenant que j’ai arrêté ça va mieux Je ne cherche plus rien, je trouve parfois des gaufres, supplément chantilly La partie difficile ça a été entre les deux Quand j’ai compris qu’il n’y avait pas d’élastique à mon vertige
Pourquoi les enfants ont-ils le monopole de l’usage légitime du trampoline ? Pourquoi les parents ne les fracassent-ils pas au sol pour les préparer ? Pourquoi est-ce contre-productif ? Est-ce contre-productif ?
Quand mon bonheur a-t-il commencé à exister dans le tien ?
A y regarder de plus près je ne sais rien de ces vitraux De ces personnes, des tribunaux A y regarder de plus près leurs pierres sont différentes Mais leurs motifs non Et pourtant font des morts
Les fidèles font les magasins Les poètes les touristes Les doigts les poches du monde Les démunis des doigts au monde Les beaux les malins Et la loi Les utopistes le détour Les naïfs l’amour Les naïfs le mal Les autres comme ils peuvent Certains Le moins d’effort possible et Le plus de mal
D’autres l’inverse D’autres encore l’inverse D’autres se baladent jusqu’à Ne jamais trouver Et ne rentrent jamais chez elleux En entier [SG1]intentions |
Rôti |
| balade poétique (3)
J’ai la forme des draps, du paillasson, des murs. Je vole les traits de l’obstacle, c’est moi le chemin et l’orage. J’apprends de ton poids. C’est comme si j’avais les mains pleines de ton regard du matin, ta salive du soir, la fatigue dans ta voix, et jamais dire combien on s’aime. J’ai l’hiver en bandoulière, la menace de la saison toute entière sur l’épaule et pourtant tu respires. Tu habites autour de moi comme si tu avais appris de la pluie comment les brèches sont négociables. Tu es dans toutes mes langues, et quand je dors c’est ton absence que je chante. Je ne sais pas comment faire simple, comment te regarder et te décrire, je voudrais faire de mes mots pas plus que des barques de papiers. Je voudrais savoir comment faire de toi une masse et en boucle pouvoir la présenter. Dire : tu vois voici mon monde. Tu vois, chaleur humaine odeur de bouffe écho des rues, c’est tout ce que je suis, tout ça que je transporte et pour toujours ce que je rencontre, le fil tendu de l’autre. |
liminalperson |
| balade poétique (2)
Mange misère croûte de pain. Le son c’est : pénombre. C’est : il savait travailler le bois. C’est : ici on boit du sang. Et dans ce sillon le poids étouffé de tes pieds sur les carreaux de céramique. Ici juste invités. Toi et moi comme deux seaux de brume, et sur le bord du muret on s’embrasse. La tiédeur des bougies et vouloir apprendre par la peau ce que pourrait faire le sacré. Nos mains se font lourdes, ce qui les entrave ce doit être le respect, sous ces pierres il pèse des siècles, force le silence, il creuse la foi à même ta tempe. Si on me laisse le temps je deviendrai rivière. Aujourd’hui dans ces craquements, je crois entendre mes berges. |
liminalperson |
| balade poétique (1)
C’est comme un échantillon, enfance lumière dans l’automne, comme si la tradition poursuivait mes pas, et dans les bruits chercher l’habitude, retenir le temps dans ce qui me tourne autour, se rendre compte que pas d’odeur, se rendre compte pas si familier finalement, non finalement pas le même air, le gris dans les visages et frites graisse et bulle, la répétition étouffante des enregistrements, attendre un moment la pellicule de sucre de sueur de rire qui recouvre tout, voir comme tous les pavés sont frères, d’un bout à l’autre des villes et portent les mêmes corps. |
liminalperson |
| Manger le tout autour
Longtemps je l’ai longtemps sur mon torse. On ne se parle pas, on s’écoute. Son cœur n’en est plus un, lame de fond qui se mêle à mon corps, et je ne sais plus les distinguer.
Mon corps tombe amoureux du tien je crois je lui souffle. Elle le sent aussi elle me dit j’ai l’impression qu’autour de nous ça vibre, nous avec et qu’à chaque expiration on tisse quelque chose. De son regard ouvert j’en tire un peu, et on rit comme deux enfants qui ne connaissent que l’évidence d’une main dans une autre.
Elle se redresse pour boire de l’eau dans le verre, une feuille de mon ficus en train de mourir, noyé peu à peu par l’excès d’arrosage. Elle la met dans sa bouche, me regarde, la recrache. Elle me demande seulement après c’est toxique ? Elle est assise sur ses genoux comme pour une prière, a la petite feuille au bout des doigts, les lèvres offertes à ma réponse et je ne sais pas.
Elle dit c’est pas une feuille qui va me tuer.
Un peu plus tôt, de son visage plongé contre mon bras j’ai senti la chute d’un chemin, d’une construction par les larmes de discussions un truc de
elle me dit que je ressemble à un moineau au réveil et une hirondelle est passée par ma fenêtre pour observer à l’intérieur d’abord posée sur moi, coulante sur les rideaux jusque douce sur mon bureau je l’ai prise sur la tranche de ma main dirigée au dehors car c’est là qu’elle doit être.
Elle me dit que je ressemble à un oiseau mais c’est elle qui repliée contre mon torse, au fond de couvertures qui s’imaginent coquilles, respire comme
si elle le décidait elle pourrait s’envoler mais elle choisit d’être là.
Je la sens sur la tranche de ma main et elle a tout à faire là, contre moi yeux fermés comme pour dire : je te connais.
Je parle de manger le tout autour, comme ma langue partout sur son visage pour rire, et puis moins. Manger le tout autour par nos corps qui grandissent pour mieux être multiples, manger le tout autour pour que la distance disparaisse, que l’espace cette fois parce que je le veux se plie en lui-même et ne laisse que le temps, fort et sous mes cils, souple et dans mon rire que je lui offre, parce que mon temps récupéré je peux l’offrir.
Je lis ”si les choses tombent c’est à cause du ralentissement du temps” et moi tout près d’elle, souvent au sol, je sens sous mes yeux les secondes qui passent et que je récupère, comme l’eau de ma bouche à la sienne, pour rire et puis moins. |
Anna Pichot |
| Les ruines
Soleil et grand vent (faisait assez humide ) je portais une écharpe ça en dit long On se laisse porter sur un tapis de feuilles en direction d’un fort rien de plus tout me va Je pédale à côté de toi le long de cette grande allée, je me sens petite tout d’un coup Je regarde tes cheveux au vent et ça m’amuse de les voir voler (puis même d’écrire ça ) Je sens le vent rentrer dans tout mon corps et traverser chaques parties que j’avais pris soin d’envelopper À ce moment là , je me sens pleine d’énergie Comme quoi parfois suffit juste d’une balade en vélo Je sais pas trop où on va , je te suis sans trop poser de questions. Toi aussi tu as l’air de pas savoir où on va parfois faut juste revenir en arrière. Mais on va quelque part on le sait. On va vers la forêt Là bas, il y avait un lac où y’avait un mec qui pêchait sur un espèce de radeau Y’a des arbres morts Y’a des glands au sol Y’a des chemins partout Mais le plus intéressant ce qui compte le plus c’est qu’il y avait un fort . Le silence qui régnait dans ces ruines nous a appellé. Qu’est ce qu’il y avait dedans ???? Avec un peu d’imagination on peut faire des tas de trucs cools J’ai essayé de transformer ces murs de poussière En quelque chose d’autre de refaire vivre le passé ici maintenant avec toi On a grimpé grimpé grimpé avec pour seule aide des branches d’arbres Nos pieds glissaient au sol On est rentrées à l’intérieur des murs On savait pas ce qu’il y avait dedans C’était peut être ça le mystère Combien de personnes étaient venues ici avant nous ? Est ce qu’on y retournera ? Probablement pas , il y a tant de choses à découvrir. C’est pour cela qu’on a essayé d’immortaliser tout ça en prenant quelques photos Je te regardais en silence dans l’ombre entre quelques tags traces d’anciens passages Voilà mon sounenir de cette journée d’automne .
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Sousmonchapeau |
| Fatigué.e
Être une « femme », Ça veut dire quoi ? Résister, Se montrer, se retenir De parler quand l’oreille n’est pas De toute façon attentive. Monter en pression, cocote minute, Même dans l’énervement avoir Sa place dans la cuisine. Femme, féminité, féminisme, femen, La rage au ventre, de voir que La sororité est un pourcentage, un mirage, Quand même les sœurs, reproduisent Les manières hétérosexopatriarcales, Double violence, la claque est syntaxique, Saucer le pénis performatif qui porte le vernis Écaillé, d’une inclusivité qu’il évoque et puis, Minimiser la chatte, parce que pourquoi, Après tout, on en a le droit ? C’est devenu étatique. |
chloedeoliveira_ |
| La balise papillon
Un papillon affronte, seul, l’immensité d’un pré.
Perdu, dans le champ des possibles,
Océan vert balayé par une faible brise.
Le battement de ses ailes le porte dans cet espace.
De ce mouvement léger mais chaotique,
Se devine une trajectoire faisant fi de tous les dangers liés à sa fragilité.
Mu par son instinct, il dessine son destin sur cette toile chlorophyllienne.
La vue de ce tableau apaise le cœur du promeneur,
Dont la vie lui paraît insensée.
Concentrant son attention sur les ailes virevoltantes,
Son esprit s’élève, un peu plus courageux,
Pour trouver son chemin de vie.
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OLIVESS |
| Prise
une boule dure et chaude dans le ventre qui gonfle est la comme avant un grand changement dans le corps et en dehors comme la gorge qui siffle avant de tomber malade et mes joues rouges en pensant à toi surtout |
Anna Pichot |
| Je connais presque ton odeur
Le départ en voyage se fait en grands vertiges de fatigue qui troublent jusqu’au ciel puisqu’il se met à pleuvoir.
Tout passe vite et en à peine quelques bonjour nous sommes entourés de bois et de pierre qui isolent d’un vert voilé par nos souffles; ils roulent en brouillard entre les conifères.
On ne pénètre le paysage que si on accepte ses gouttes jusqu’au fond des yeux, alors il crache des silhouettes de chevaux et des limaces jusque dans les lavabos.
Tous ensemble autour d’une table qui nous enlace, et les pizzas, on se raconte des histoires de couleurs et de jumelage par les actes.
On rit de se savoir au même endroit.
On joue du piano en comblant les désaccords par nos rires et enfin, on s’endort blottis dans nos lits comme dans les contes avec trois ours et des boucles d’or.
Le lendemain l’envie de toucher tout par les yeux se fait forte, je pars vite.
Au début passage dans une ville vide et de briques il y a une grille et derrière un chien un chien un loup peut-être de toute sa taille à l’arrière d’une camionnette derrière encore une grille une grande cage à roue, et lui calme dedans. on se fixe un peu en silence, au travers des deux grilles et par moirage il devient un peu humain et moi sûrement un peu chien.
J’avance vite et ne m’arrête à nouveau que devant un ogre de bois dessous la légende s’étale en vert sur jaune, comme les fausses guêpes, les mouches malignes et qui trompent,
Les Bruyêrois ne vous en parleront probablement pas, en tout cas ils ne m’ont rien dit. Mais une chose est sûre, pour l’avoir vécu, il n’est pas rare, par une nuit de pleine Lune d’entendre l’ogre dans le vallon de l’Avison ! Mieux que cela, pour qui en aurait le courage, il est même possible de l’observer danser et festoyer avec toute une troupe de Sotrés accompagnant de bon cœur et de vive voix l’ogre de ces bois.
Embrassée par les cyprès je grimpe sur des sentiers qui bouffent de lumières et d’ombres tous les traits.
Tout en haut, la tour de l’Avison domine Bruyères et mes yeux y sautent de coin en coin comme une tique depuis les fougères, ou depuis un banc et Kyliann au bout.
J’emprunte le chemin de la paix et de la liberté jusqu’à une chapelle discrète dans le grès rose un hommage au sergent Kuroda; la chapelle de la Roche où on ne peut que passer et lui qui reste figé là.
Je me perds un peu ensuite, les balises ne sont plus jamais les bonnes et les câbles non plus, tout s’éteint.
Sans carte, je me retrouve seule avec la source et déjà il faut remonter son courant.
Je cours aux retrouvailles en abandonnant ravins et étangs derrière moi, comme si le mystère se devait encore d’exister.
Je marche vite le long des routes, je coupe la carte de diagonales de béton. Je tisse une toile, un quadrillage évident du paysage. J’ai conscience que chaque pas comme chaque seconde me rapproche de la rencontre avec les autres mais aussi, et ça m’y fait penser, avec toi.
C’est peut-être pour ça que j’ai ce besoin de tout parcourir, de comprendre le tout autour à défaut de tenir entre mes mains le sens la pulpe essentielle de ce qui se déroule à l’intérieur de mon organe frontière et du tien.
Alors je réfléchis à des mots pour toi, pour te sentir un peu au bout de ma langue
mais elle tourne seule contre mon palais, très près de mes dents et j’ai la bouche pleine de l’eau que j’oublie de boire j’ai des gouttes le long des omoplates et jusqu’au genoux d’essayer avant l’heure de te savoir.
C’est comme s’il ne fallait rien figer main tenant, comme si le mystère se devait encore d’exister.
Je pense à toi dans ma solitude forcée par des choses que je ne comprends pas vraiment mais qui sont pourtant au centre de notre lien. Nos écrans, le réseau, le maillage électrique, intangibles et pourtant, je connais la courbure de tes yeux quand tu souris et presque ton odeur.
La distance ne me sépare pas de toi et je sais que tu me vois, même sans ton regard dans le mien.
Il se passe quelque chose comme une intrication de tes boucles aux miennes.
Je récolte sur le chemin des bribes pour toi, et sans le savoir tu tiens par ta mémoire et derrière tes cils ma manière intime d’arpenter le monde
donc finalement c’est moi
que tu tiens par ta mémoire et derrière tes cils, comme si le mystère ne devait plus tant exister.
Je marche vite le long des routes jusqu’à rattraper d’autres trajectoires, et le groupe. À la croisée des chemins deux chevaux de traie, et deux personnes à la lisière d’une balade mais aussi deux chiens pareils et qui cette fois, eux, sortent le museau de la grille pour hurler sur les passant•es.
Tout communique à nouveau donc.
On rentre au gîte en ramassant fraises et tiques. Tout rentre dans le corps par la peau par la bouche. Comme si déjà le lieu nous avait changé un peu avec nos salives comme empreintes dans le compost, à la surface des peaux de pastèques, et leur jus partout au sol. |
Anna Pichot |
| Thé au sol
Sous les arbres doux taillés du bout des ongles et des passages Lena fait couler la cire sur le béton longtemps jusqu’à poser la bougie au centre de la petite flaque à trois doigts et le regard en l’air, brillant. Au bord de l’eau, là où le courant est plus fort à cause des décharges Je sors de mon sac les tasses le thermos et les sachets de thé il y a des odeurs de tisane en extérieur qui se mélangent aux rires si pleins qu’ils dégoulinent de morve et de mascara surface sous nuit pour inverse de la noyade sous golden hour on remonte à la surface et Orion fait des bruits d’oiseau grandes jambes toutes tendues on se replie par nos bras comme des plantes fatiguées d’une journée à tourner avec le soleil
Une fois rentrée, et le ventre plein d’un gâteau qui n’est jamais arrivé, je pense un peu à elle je n’ose pas trop encore écrire à son propos j’ai peur de figer des choses qui se doivent de rester encore un peu mouvantes l’imagination ici est un risque et je connais déjà tous les chemins mais je m’amuse parfois à mon insu à prendre son visage aux traits encore incertains entre mes paumes |
Anna Pichot |
| Atelier
J’aimerais ne jamais oublier comme ce soir, mon petit atelier de poésie discret. C’est une erreur de débutant, sûrement, que de se retrouver au milieu du monde bruyant, à cette table où le partage est limité aux conversations acceptables, aux interactions faciles. Je ne suis pas facile, j’aurais aimé écrire pour compenser le manque d’adresses à mon égard. Mais j’ai oublié mon petit carnet. |
Kerian Dubuis |
| Les murmures de mon coeur
Les murmures de mon cœur M’empêchent de respirer Mais au lieu de les ignorer J’ai cueilli une fleur Que j’avais fait pousser Elle se mit à parler Cette fleur Si tu ne m’avais pas arrosée Grâce à tes pleurs Je n’aurais jamais pu exister C’est ainsi que je fais pousser mon jardin secret |
Plumencree |
| Un 21 Novembre
Il neige ici-bas Il y a longtemps qu’on avait pas vu un spectacle comme cela Les rues saupoudrées de sucre glace A la lueur des lampadaires, des flocons voltigant Les voitures garées le long des trottoirs ont revêtu des manteaux blancs J’ai ouvert la fenêtre. Il neige si abondamment Tout est si calme si apaisant On entend juste le petit « pok » de chaque flocon qui se dépose délicatement Sur ses camarades flocons, de la population des flocons, Descendus nous rendre visite depuis leur maison-mère les Nuages Et les uns après les autres, très sages Se sont élancés tel des oisillons Un long voyage de dégringolade s’est alors ensuivi par milliards de millions |
Raf |
| Paracétamol
Sorry, I was boarding the plane. Actually, getting back to my place was a little wierd too, aafter seeing you. Unlike you, my bus picked me up properly, but I got locked out of my hotel. My friend fell asleep. I had to call the hotel manager. Not a smooth process. Anyway, see you soon. xoxo
On est tombés bien bas, du paracétamol pour calmer la douleur. Ruinee dès l’essai son idéal, comme un capitalisme des sentiments. |
Kerian Dubuis |
| Nouvelles
Je ne veux pas prendre de vos nouvelles. Parce que j’ai la sensation que vous ne prenez pas de mes nouvelles. Et donc même si j’étais censé vous appeler aujourd’hui, et bien non. À votre tour, maintenant. |
Kerian Dubuis |
| Sincèrement.
Je suis désolé. Je te vois pleurer, Et je sais que mes mots ne sont pas assez. Ne sont pas assez, Pour éteindre cette douleur, Pour t’en libérer. I’m sorry. I failed. To help you out. I’m sorry. I failed. To get you out. You’re way too deep. To get you out.
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Moiaussi |
| Exutoire
La forêt réveille les esprits les plus, cachés, créatifs, seulement entre les feuilles. Alors, quand, la forêt dans la ville est parcourue, l’énergie grandiose des artistes s’en dégage. Le mouvement s’opère, contre tout, en un exutoire nécessaire. |
Kerian Dubuis |
| Citadelles
Sur le chemin pour rentrer chez moi, en passant sous les ponts, j’ai observé les citadelles des tisseuses de vide, de lumière et à la nuit tout juste tombé sous mes pas j’ai confié mes souvenirs mes tristesses comme on tend un fil d’un point à un autre, un maillage.
J’ai lu aujourd’hui des choses sur les motifs temporels dans lesquels nous sommes pris sur le développement des non-lieux par la contraction de l’espace, et le temps comme seul point de repère qui appuie de tous ses doigts et tasse ce qui reste de notre rapport à autour.
La compression du présent et le cycle de l’accélération en boucle auto-alimentée m’ont fait m’arrêter devant les milieux transparents comme en réponse à la raréfaction du temps comme pour attraper ce qu’il en reste et parce que je crois que c’est en avalant quelques secondes prises dans des toiles visibles rien que par la nuit qui vient de tomber sous nos pas que les non lieux sans histoire sans identité sans relation prennent du sens en refuges de décélération, en citadelles de silence.
J’y pense, en filant sous les arbres noirs et par les dernières ombres. En agitant la tête j’ai vu les feuilles roussir à vu d’oeil et quelques sursauts de gestes, d’oscillations, par les fenêtres ouvertes aux passants. Encore donc les nouveaux espaces les tremblements dans l’air et moi au bout l’acceptation de la finitude face à la multiplicité d’expériences autres l’attention à autour comme remède à la hâte la lutte contre la contraction de l’espace provoquée virtuellement par la vitesse des transports et de la communication en grands recueillements du temps dans le corps les pieds au sol et la tête lourde, faite pour ça une balise d’orientation une inertie nécessaire
et face à moi toujours le mouvement et les bras qui se tiennent et ne se lâchent pas. |
Anna Pichot |
| bad ergonomie
bad ergonomie de comptoir,
le repose-pied déniché console
j’efface au gel hydroalcoolique
les traces de nez gras de la veille des vitres
une psy marseillaise en vacances
tempère un macho stressant, agressif, sidérant,
cimer meuf, c’était moche
les minutes suent à deux de tension
merci et gros bisous,
me dit-on au téléphone
|
Hélène Bléhaut |
| Anarchy Garden
WHY NOT SHARE ALL THINGS WE LIKE? SWEET, SALTY, SPICY, SOFT, HARD, AND OTHER TASTY AND SENSITIVE EXPERIENCES FROM THE FRONT HOLE THAT WE SHARE. THE MOUTH OF US ALL? ALL SAME BUT ALL SLIGHTLY UNIQUE… TE NO GUSTA PIMIENTE?! ACHSO, PLEASE TASTE THIS INSTEAD BECAUSE WE’RE ALWAYS IN SOME WAYS SOMEONE’S FOOD SIBLING; IF NO PIMIENTO ÑAÑES, MAYBE PIKANTE ÑAÑES OR PROBABLY SANDÍA ÑAÑES. LET’S SEE THROUGH OUR IDENTITIES THEIR ENDLESS COMBINATIONS THAT WEAVE A WEB SO INTRICATED BETWEEN ALL FOOD SIBLINGS THAT WHEN WE GATHER AROUND THE FOOD THAT WE SPEAK AND SHARE, THEN NO BORDERS NO WARS MAKE SENSE ANYMORE – AND BE ALL INCONEXAS PATRAÑAS. À TABLE !
29.7.2025 |
Æzul |
| Rose
Le profil est fin, et la conversation pourrait s’allonger. La vue d’elle envoie valser les endorphines dans les tympans, tambourine la cervelle de plaisir, de confort soudain, un frisson. Le regard assuré et direct, il inquiète les autres, croisés. Et c’est le vide. La grande dégringolade, sans fin, dans les méandres des iris sombres. Surtout, tant que l’apesanteur soulève le coeur, on croit rêver, à la nymphe idéale, une déesse parfaite devant nous. Alors, pas d’espoir, on se contente du dialogue, déjà chanceux d’être proches. |
Kerian Dubuis |
| PETIT COFFRET ROUGE
envelopé.e dans un linceul des cils infinis comme |
Æzul |
| Vue sur la rivière
Sur mon chemin j’aime m’arrêter sur ce pont. J’y contemple la danse des reflets du jour dans la rivière. Je pense aux arbres qui se dressent grâce à son eau. Merci à elle d’être la source de ce merveilleux paysage. Merci à elle de partager ses vertus à tant d’êtres. Merci à elle de ne rien attendre en retour. À la lumière de cette rivière je me souhaite de pouvoir vivre comme elle : tracer ma route à mon rythme, avec fluidité, en continuité du temps passé-future-présent, et contribuer modestement à faire mieux vivre les passants. |
Tom S |
| La mer
Elle se dresse, Aujourd’hui, |
Raf |
| le hors-livre
Les signes des façades les malécrits des rues les giclées d’encre bleue les pages des jardins les paroles des poteaux les morsures de la peinture les ratures sur la pierre la parole perdue sur un mur |
Matt Mahlen |
| Renard
Il n’y a ici ni renard, ni prêche. Aucun roux prophète d’un testament rusé. Il n’y a pas d’histoire, il n’y a pas d’hagiographie à raconter. Les murs de cette rue sont aussi banals que les autres, briques-bées. Mais il y a un bar nommé le Purgatoire, dans la rue du Renard-Prêchant. Et le dernier à avoir cherché la tanière fut pendu à son clocher. De cette rue il ne reste que légende ou mensonge, d’un canidé en habits de moine allant parler une bonne parole à une assemblée de canards. (Ce n’est pas une métaphore, c’est vrai, c’est pour ça que ça s’appelle comme ça, allez chercher.) De cette rue, il ne reste bête ni prière, aucune conte, aucune fable. C’est juste une rue. Le fleuriste qui s’appelle Ronsard fait faner ses fleurs sur le trottoir alors que l’alcoolique du service fait les douze coups de midi. — Et dès la fin des vêpres, cette même vieille femme fume à sa fenêtre chaque soir religeiseuement même moment même fenêtre, même corps penché vers les cheminés, avant que les chiens errants hurlent à la nuit Dieu sait pourquoi.
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Elias |
| La balançoire
Dans le jardin de Maminou, sous le kiosque, à l’abri de la pluie, tu m’as dit : « Viens, on va faire de la balançoire. » Soudain, je me revois toute petite, au même endroit qu’avec toi, sur les genoux de Maminou, toujours vêtue de ses grandes et belles robes de chambre, avec au loin Papi en train de faire brûler des marrons, la clope au bec. Je bondis de ses genoux et me mets à courir entre ces grands chênes, en direction de Papi, pour le supplier de me pousser sur la balançoire Jusqu’à maintenant, elle était devenue pour moi un vieux bout de bois avec deux cordes, un truc de gosse quoi, rien de plus banal. Mais en me posant cette simple question, je crois que tous les souvenirs que j’avais construits s’étaient effondrés. Je crois même que j’avais rasé puis tout enterré, car tous ces souvenirs étaient trop difficiles à entretenir ; il restait quelques ruines, mais rien de plus. Je repars déterrer ces vestiges avec toi. Je ferme mes yeux, me laisse suspendue entre terre et air… Souvenirs et réalité, balancer entre tes mains. À présent, même s’il reste quelques bouts sous terre, on a redonné vie à cette balançoire, ma balançoire, marquée par le passage des saisons, maintenant avec son manteau de lichen. |
Sousmonchapeau |