Où sont les poètes ?  
ma chère anna, (permanence poétique du 24 octobre 2025 à l’Orée85)
l'orée85/la chute


Permanence poétique l’orée 85 24 octobre 2025

 

J’aurais aimé te parler des choses parce qu’elles sont belles, je vais t’en parler parce qu’elle sont importantes, 

 

je me souviens du 23 mai et de la pseudo libération, c’était une boîte pour une autre, c’était la fin de la quatrième année, et j’y songe avec un haut le coeur qui pourrait dire s’il parlait « c’était il y a 5 mois et je ne savais pas que les jours lorsqu’ils sont collés aux nuits, et jouent à la bouillie avec ma mémoire, pouvaient me rester comme les mouvements des pleurs. »

 

Des mois entiers ou le temps à joué à cache cache avec ma raison, 

 

la grande horloge capitaliste et productive fut bâillonnée, et je ne me souviens plus bien du terrain vague dans lequel j’ai zoné. je sais que j’ai eu peur de rester confinée dans mon drame pour toujours et que le temps ait abandonné mes fenêtres. que ce sont tes mots auxquels je dois beaucoup 

 

(pour ne pas avoir à dire que je leur dois mon retour ici)

 

 

Cet été on aurait dit que le monde essayait de pleurer au travers des gens que j’aime

 

Et Dans ce foutras de semaines j’eu le vertige Anna. 

 aucun lieu ou me déposer, j’étais pareille à une chienne en chasse, seulement, dépossédée de sexe et de corps à faire mourir. Dans tout les interstices des gens des villes des trains et de l’été banni, je sentais la présence acre de rêves lorsqu’ils explosent. 

 

Dans mon corps français, il y avait la chair de la Syrie.

là ou l’injuste veut dire mourir et voir brutalement l’intérieur de son corps à l’extérieur de son corps 

J’ai perdu les mots et j’ai senti ma douleur prendre les armes. 

 

Après des semaines en y, il y a le temps mort, la blanche colombe fait d désastre et j’ai la trouille d’aller au lit, donc je suis resté debout tendue comme proie.

 

J’ai mal aux mains et au père, ou sont passé les grillons et la crasse sous mes ongles? Quand je regarde mes mains quand je fais la vaisselle je n’y vois parfois les mains de personne? comment on sort de la et ça a quel gout la peine en semaine? 

Je devrais me demander : je fou quoi après mes études? Mais je pense que quand le choc te prends ça fait comme un viol de la mémoire, un piratage du réel, 

Des vies qui vallent 0 parce qu’elle sont arabe, ma famille qui devient un nombre de morts et de déplacés, Soad, Nadia, Ayman, Amir, Zain, Aya, Ranhi, deviennent un bilan de 1386 morts ou 128 000 déplacés. 

 

Je me suis demandée, comment être solide ?

De quoi suis-je faite si mon père perds tout, même le nom, les frères et la patrie?

 

Mais mon frère m’as écrit , ‘you know, in 2001 that was when i first talked to dad after some years from leaving, i heard i little baby crying in the back the phone call, that little cry was you, that’s when dad told me i have a beautiful sister! Since, that day your voice stayed in my head for that long and gave me hapiness and hope for a beautiful future to meet you’ 

car nous sommes toujours la.

Donc  le terrible nous on en fait des confettis. 

 

 

Il a fallu se remettre en mouvement.

 

C’est dans cet épuisement, j’ai presque raté mon train pour les alpes. où caché entre les roches il existe un cours d’eau qui dévale le corps de la montagne pour s’embobiner dans la terre. La bas, dans la marche et le sommeil, j’ai pu tresser le réel à ces brins rares qui existent dans les ventres des femmes qui nous aiment. Cette femme à fait de ses mains un landau, nous avons logé l’insoutenable dans l’effort et les crêtes des écrins.

Les sommets eurent ce pouvoir de délester nos joues, c’est la bouche grande ouvertes, toutes les dents offertes au massif que nous avons pu nous étreindre. J’ai pu dire. 

 

L’immensité du dehors à comme fait de la place au dedans de moi. 

quelque chose comme un lieu duquel on voit au loin du paysage et de l’avenir.   

le lent rouli bouli du train retour à passé la brume de ma conscience au tamis. j’eu des mains pour démêler mes cheveux et ce qu’ils contiennent. 

 

Paris a accueilli un haut le coeur, 

ce haut le coeur je le nettoie ici, comme on nettoie un objet maudit mais précieux.  J’espère qu’a force de caresse j’assouplirais ces angles et polirais ses tranches.  

 

Il y a de cela des mois, des époques entières je t’écrivais que dans tes mains, l’absurde qui tue des hommes et des femmes devient un bambin que tu consoles, 

Je le répète en ces lieux sacrés qui sont les nôtres, et les vôtre aussi. 

 

dans tes mains, l’absurde qui tue devient un bambin que tu consoles, 

 

 

Je tiens à te parler de la force des regards dans lequel j’ai retrouvé le sommeil, la taille des mains qui m’ont tenue et prêté leur joie. D’a quel point des rires peuvent être beaux lorsqu’ils se jettent. De comment le réel à reprit ses marques, de comment la tendresse peut te rendre au monde, même lorsqu’il semble avoir prit congé de tes lieux.

 

Merci pour l’avalanche de sens que ton amour sait dresser.

 

bientôt je te parlerais du bateau, et du riz aux amandes et aux abricots confis de mon père. bientôt je te parlerai du vent quand il me gonfle, et de cet immense trou dans mon ventre qui devrait être dans la terre, de ma théorie sur les morts que l’on porte dans ce trou abdominal si jamais on ne leur offre une sépulture, peut être si j’ai le temps, de pourquoi je pense que ces sépultures sont en réalité les nôtres. je te dirais aussi mon envie de me fondre dans les bras de quelqu’un parce qu’il a le gout du beau et que j’ai le droit de m’y taire. et surtout que désormais, lorsque de l’eau coule dans mes paumes, j’y vois un lac. 

 j’aimerais si tu le veux bien, te rendre l’odeur de la mer. 


Lena Lepetit El Aramouni

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