C’est une maison
cachée
dans un jardin
qui se replie sur elle la nuit
comme la forêt des contes.
La glycine et le lierre la mangent
et la tour s’abandonne à leurs lianes tortueuses, rêveuse,
songeant à des âges qu’elle n’a pas connus.
Une nuit, des colonnes doriques y ont poussé,
sous les branches tordues du vieux cerisier,
et aussi la statue d’un faune
qui dialogue avec celle d’un saint
en mâchonnant des mots ineffables
dans leur langue de rocaille.
Les oiseaux dans leur sommeil la déchiffrent distraitement,
et en répètent des bribes à l’aube,
comme on raconte ses rêves au réveil.
Des jonquilles y poussent en cercles ésotériques ;
Des fleurs luisantes de Magnolia,
blanches comme les lunes d’hiver,
se reflètent dans les eaux noires du puit ;
Des feuilles dorées et des prunes tombent
dans les mains tendues.
Les grands arbres y bruissent continuellement,
si bien que tout cela est placé hors du temps.
C’était autrefois la demeure d’un poète
qui chantait les roses de son jardin
et les toits gris de la ville voisine,
d’un menuisier dont la scie grince encore parfois la nuit venue.
C’était celle de femmes discrètes qui y élevaient des nuées d’enfants qui frappaient de leurs pieds nus les tomettes de terre cuite.
Et c’est aussi ma maison
Et en riant je l’ai reconnue.