Où sont les poètes ?  
Manger le tout autour
Un lit


Longtemps je l’ai

longtemps sur mon torse.

On ne se parle pas, on s’écoute.

Son cœur n’en est plus un,

lame

de fond qui se mêle à mon corps,

et je ne sais plus les distinguer.

 

Mon corps tombe amoureux du tien je crois

je lui souffle.

Elle le sent aussi elle me dit

j’ai l’impression qu’autour de nous ça vibre, nous avec

et qu’à chaque expiration on tisse quelque chose.

De son regard ouvert j’en tire un peu,

et on rit comme deux enfants qui ne connaissent que

l’évidence d’une main dans une autre.

 

Elle se redresse pour boire de l’eau

dans le verre, une feuille de mon ficus en train de mourir,

noyé peu à peu par l’excès

d’arrosage.

Elle la met dans sa bouche, me regarde, la recrache.

Elle me demande seulement après

c’est toxique ?

Elle est assise sur ses genoux comme pour une prière,

a la petite feuille au bout des doigts,

les lèvres offertes

à ma réponse

et je ne sais pas.

 

Elle dit

c’est pas une feuille qui va me tuer.

 

Un peu plus tôt, de son visage plongé contre mon bras

j’ai senti la chute d’un chemin,

d’une construction par les larmes de discussions

un truc de

 

elle me dit que je ressemble à

un moineau au réveil et

une hirondelle est passée par ma fenêtre pour observer

à l’intérieur

d’abord posée sur moi,

coulante sur les rideaux jusque douce sur mon bureau

je l’ai prise sur la tranche de ma main

dirigée au dehors car c’est là qu’elle doit être.

 

Elle me dit que je ressemble à

un oiseau

mais c’est elle qui repliée contre mon torse,

au fond de couvertures qui s’imaginent coquilles,

respire comme

 

si elle le décidait elle pourrait s’envoler

mais elle choisit d’être là.

 

Je la sens sur la tranche de ma main et elle

a tout à faire là,

contre moi yeux fermés comme pour dire :

je te connais.

 

Je parle de manger le tout autour, comme ma langue partout sur son visage pour rire, et puis moins.

Manger le tout autour par nos corps qui grandissent pour mieux être multiples,

manger le tout autour pour que la distance disparaisse,

que l’espace cette fois parce que je le veux se plie en lui-même et ne laisse que le temps, fort et sous mes cils, souple et dans mon rire

que je lui offre,

parce que mon temps récupéré je peux l’offrir.

 

Je lis ”si les choses tombent c’est à cause du ralentissement du temps” et moi tout près d’elle, souvent au sol, je sens

sous mes yeux les secondes qui passent et que je récupère,

comme l’eau de ma bouche à la sienne,

pour rire et puis moins.


Anna Pichot

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