Là d’où je vous parle il y a les bords du monde — l’air est salé et le sol est à la fois sec et trempé — le soleil se baigne tout nu comme un gamin s’éclate s’éclabousse se miroite
Là d’où je vous parle il n’y pas de rues mais des allées de sable — une qui va vers le ponton et une autre qui va vers le bistro — allées de sable et plein de poils car le village d’où je vous parle a été pris par les
chiens
Leurs truffes brillent et on dirait non pas des meutes mais — des étoiles à ras-du-sol on dirait — des raz-de-marée errants
Et le soir les habitants réchauffent les restes de la veille sur des gamelles que la nuit retrouve propres d’une propreté parfaite — comme si elles avaient été léchées par la mer
Et va savoir qui accueille qui — qui accorde la vie à qui —
les chiens au village
le village aux chiens