Dans la ruelle
on s’assied les un•es près des autres
on entend le bruit des volets qui se ferment
des sonnettes mal fixées des vélos qui vibrent sur les pavés
je sens dans mon dos
le dos d’autres et contre mon bras aussi
les gens passent nous non
on ressemble un peu aux pavés au sol
serré•es et pas si ordonné•es que ça quoi qu’on puisse y trouver du sens.
Orion est face à nous.
Elie dit c’est peut-être la salle d’attente avant l’art rendez-vous
parce que j’ai remarqué la pancarte au-dessus de nos têtes
marrant comme nom de magasin et
comme alignement d’évènements.
Certaines mains se tiennent certaines épaules aussi
je pense à la distance, à l’espace, à comment
mon corps est séparé du tien et à comment
quand proches on ne sait soudain plus faire la différence
Coquille gémit
peut-être qu’elle aussi quelqu’un lui manque.
Les gens qui passent autour n’osent pas trop nous regarder
ils passent, curieux mais sans le montrer
comme s’ils risquaient quelque chose à rester trop longtemps
à se perdre peut-être dans des corps autres et dans des évènements
qui les emmèneraient ailleurs.
Orion se mouche avec un sourire en coin.
Je pense à l’automne et à toi qui coupe du bois dans le Cantal
et à moi qui écrit ça ici,
et au temps qui ne passe pas pareil en fonction du lieu
j’aimerais que nos horloges soient synchronisées
mais je sais que ça ne fait pas sens.
Nos doigts passent sous nos nez comme pour passer à autre chose.
Je me dis que c’est beau d’écrire ici ensemble
de tisser quelque chose
une toile une citadelle
d’attraper le temps comme on avale un grain comme on s’assoit à plusieurs pour faire peser notre poids sur le champ gravitationnel et
rattraper ce qui nous échappe.
Tu sais, en rentrant je suis tombée sur des bois de cerf dans une brocante du soir, pas loin après avoir filé par un passage dont je suis la seule à avoir retenu le nom (je l’ai peut-être imaginé)
tu me diras si par une distorsion de la trame, de la mousse de spin,
tu les trouveras dans ta forêt.