5 figures surplombent la zone
immobiles et drapées
je sens leur regard distrait de pierre contre mon front.
L’opéra est face à la place et en contrebas se trouve un cheval figé au cou large comme pour aller plus loin et
si on continue encore
un ange main grande ouverte ouvre le mouvement
de la fête foraine
ici les labubu les stichs les licornes à hélium attirent le regard des petits
qui doivent chuter en arrière jusqu’au toboggan gonflable pour y voir quelque chose
l’opéra cet après midi semble vide et austère et la place pleine de couleur et de cris d’enfants qui s’amusent
les deux coexistent sous un ciel gris, que les sauts sur le trampoline essaient de dépasser
sûrement.
Les lumières partout
et la vitesse des auto tamponneuses tentent de faire mirage
d’été qui n’est plus là
pour faire couler le chocolat jusqu’à la gorge
les mentons maintenant brunissent de cannelle
et les têtes couvertes s’offrent aux mains de parents qui poussent le manège
ça tourne et
en quelques pas avec la musique forte encore en fond sonore
le silence des tentes blanches
d’une exposition du dimanche
avec figures en métal rouillé et paysages qui ne font pas tant chuter à l’intérieur,
ici les cadres sonnent comme des cadres
et on y a enfermé le tout autour.
Entre les tunnels de tente, une rivière de chaises de camping coule, et dessus des artistes qui attendent et observent sans rien dire
les réactions des passant•es.
L’air a l’odeur humide de feuilles qui commencent à devenir terre
d’arbres laids et nus aux extrémités bulbeuses, sanguines
parfois quand même au détour d’une toile, une surprise, un
ah je comprends c’est comme ça que le monde est perçu
représenté
compris et enlacé
par l’autre
et je souris un peu
discrètement
comme on garde un secret.
À la fin de la trachée de l’opéra je vois
deux toiles grandes et au sol
qui parlent du vide
de grands paysages étendus et offerts
à nos corps qui cette fois y tombent sans hésiter
je croise le regard du peintre, yeux verts, même couleur que le ciel immense coincé entre deux montagnes
qu’il a lâché sur ses toiles.
dans chacune de ces enclaves donc un monde à part entière,
ça me fait penser
aux miens
et à comment si moi aussi je finissais dans une de ces alcôves
je serai perçue
et j’observerai les passant•es en me demandant
s’ils pensent que mes cadres sont enfermants
ou si au contraire par l’appel du vide on comprend de mes toiles à mes yeux
le tout autour.